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En compagnie des grands, ça ne semblait pas si compliqué... mais quand maman me regardait disparaître seule tout là-bas au bout des champs de légumes, il fallait bien montrer qu'on était plus un bébé. Alors j'y allais courageusement, et puis plus les champignonnières approchaient, plus le courage mollissait. Deux trous béants, des marches vers l'obscurité, l'humidité, et puis tapies, là, oui c'est sûr, des créatures abominables... pas moyen de fermer les yeux, pas question de trébucher maintenant, de retarder la fuite... faire abstraction, se concentrer sur la prochaine étape : le petit chemin en forme de rigole coincé entre deux hauts murs gris, si hauts pour mes 4 ans. pas d'échappatoire, courir, souffler fort pour couvrir le bruit des souliers contre les cailloux, pour impressionner les poursuivants, pour faire taire la peur. Déboucher enfin sous les marronniers, apprécier leur ombre ambigüe, encore sombre mais déjà le soulagement des couleurs, et l'espoir de la maison... Entrer, courir dans les bras de mamie, frotter mes joues rougies contre son tablier, en goûter l'odeur, celle qui survit à tous les méchants et entendre la voix faussement râleuse de papi : "tiens, v'là la poison !"