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Peut-être bien que c'est un peu étrange, de faire l'apologie du pâté Hénaff ?

Peut-être bien que ce pâté, vous lui trouverez un air d'artifice, un air de colorant ou de conservateur...

Peut-être bien... Mais moi, quand je décapsule cette petite boîte aux couleurs criardes, ce ne sont pas les couleurs que je vois, encore moins la vomitive "suggestion de présentation". Quand j'ouvre cette petite boîte, je fais le voyage du pays des souvenirs d'enfance. Un long voyage, parce qu'en fait de souvenirs, ce sont les tout premiers, du moins ceux qui sont conscients, ceux qui se forgent vers l'âge de 3 ans. Un flash, une vision, un instantané. Une cuisine claire, une table, une chaise devant la fenêtre, mon grand-père assis, la Gitane maïs bien entamée au coin des lèvres, les rides sur le front, profondes vallées, et sur la table, un pain croustillant, un couteau pointu-défendu, et la boîte. Je suis sur ses genoux, invitée à partager le pain, à partager ce pâté, ce concentré de terre bretonne qu'il a quitté 20 ans plus tôt. Argoat-Montparnasse-Joinville. Il n'y a pas de petit exil.

Peut-être bien que ce souvenir-là aussi a des airs d'artifice, coloré à l'hagiographie familiale, conservé dans les récits de ceux qui restent, après la petite route de campagne, après le coeur qui flanche, après la chaise vide dans la cuisine claire.

Peut-être bien que pour du pur-porc, c'est un peu maigre comme souvenir. Mais comme il n'y en a pas d'autre, alors on fait avec, avec trois boîtes de pâté Hénaff, en permanence, dans le garde-manger...