Ca avait beau être un été indien, lorsqu'elle était sortie de la maternité, avec son ventre vide et ses espoirs tronqués, elle avait eu si froid... Dans la voiture elle s'était dit qu'il allait lui falloir quelquechose d'autre, quelquechose de plus que l'amour de ses trois compagnons d'habitacle. L'après-midi même, elle avait téléphoné. La dame avait dit que les ateliers recommençaient justement le lendemain, qu'il restait encore de la place, qu'elle pouvait aller à une ou deux séances, pour voir si cela lui plaisait... C'est comme ça qu'elle avait commencé les cours de poterie. Dans la douleur, mais comme une évidence.

L'atelier était un lieu disparate, d'adorables casiers à chanfrein et puis ces tables en contreplaqué, laides mais spacieuses. Tout semblait un peu sale de cette poussière de terre, un peu gris, pas à proprement parler chaleureux. Mais les pièces qui séchaient sur les étagères, oubliées par les sculpteurs de l'année dernière, ces rêves modelés, ces envies suspendues, tout cela lui a donné envie de rester. Le nuancier des émaux aussi, arc-en-ciel cloué bien visible sur le mur, point d'ancrage, pont entre la pièce en devenir et l'objet fini... Depuis elle a souvent tergiversé devant. A juxtaposer, à combiner, à imaginer. Elle sait bien qu'il n'y a pas de hasard, qu'en venant ici chaque semaine, c'est une continuité des jeux d'enfance, lorsqu'elle façonnait des petits pains en glaise, des éclairs et des religieuses, pour les vendre ensuite à ses clients imaginaires, sur le muret dans le jardin de ses parents. Un retour aux sources. Une ressource.

Semaine après semaine, elle a appris les gestes de l'atelier, les techniques, les gens aussi. Avec une tendresse un peu triste, puis une tendresse tout court. Avec un peu de paix. Maintenant elle se sent capable de répondre au traditionnel et inaugural "comment allez-vous ?" de son gynéco sans voir sa propre main trembler, sans noter qu'il l'a remarqué aussi, sans que les sanglots inondent sa bouche qui s'ouvrait pour dire "ça va bien, je crois". Elle compte les séances de poterie qui restent encore avant la fin de l'année... Plus beaucoup, plus assez... Elle venait juste de parvenir à modeler un premier visage, et elle a encore tellement d'autres projets. Et hier, enfin, elle a eu envie d'un autre enfant... Peut-être que bientôt, dans pas trop longtemps elle l'espère, elle pourra l'appeler le "petit troisième" ...et y croire un peu.