Ma version de son challenge photo à suivre jour après jour

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et un bonus... (pour faire oublier le retard !)

Elle avait vu défiler chaque heure de la nuit. Repassant dans sa tête tous les détails de cette étrange histoire. Questionnant ses certitudes. Elle avait resisté à la tentation de réveiller son mari, de lui raconter ce qui la tourmentait, par le menu. Mais elle savait trop bien quelle serait sa réaction, des histoires de bonnes femmes, voilà comment il résumerait tout cela. Lapidaire et définitif... Plusieurs fois elle avait eu envie de descendre à la cuisine, d'ouvrir ce satané frigo. Mais non, ce serait donner décidément trop de crédit à cette grue de Dominique ! A ressaser les étrangetés des derniers jours, il lui semblait en effet que tout avait commencé lorsque sa collègue avait claironné, en arrivant grelottante au bureau dans sa mini-jupe en velours rouge : "quel froid de canard, mes aïeux !!". Oui, c'est ce jour-là qu'elle avait découvert le canard dans son réfrigérateur... D'abord elle ne l'avait pas remarqué. Elle venait d'extraire du concentré de tomates pour les bolognaises du soir, elle avait refermé la porte machinalement, pour la rouvrir aussi sec. Il était là, à peine dissimulé derrière l'emballage de la tortilla aux lardons. Juste une figurine en résine, mais avec l'air penaud des transis. Elle était retourné à ses bolognaises, amusée, espérant tout de même que son fils finisse par grandir, un jour, un peu... Le lendemain, après que Dominique  lui ait raconté dans les détails sa soirée de la veille, de cet agaçant ton de confidence qui lui donnait envie de rédiger sa lettre de démission, tout l'open space avait su que Gabriel, le n°2 du marketing, lui avait "posé un lapin". Elle fut moins surprise qu'elle ne l'avait cru de trouver une nouvelle figurine parmi les salades du bac à légumes. Mais les petits crottins semés au fond la laissèrent perplexe. Avant-hier, Dominique avait ricané du dernier essai de chirurgie esthétique de Ghislaine, la secrétaire de direction, glissant que "cela lui faisait des lèvres de mérou", elle n'avait pas pu s'empêcher de se ruer sur son frigo à peine rentrée. Elle avait fouillé toutes les étagères, les avait vidées de leur contenu, en vain. Rassurée, elle était résolue à changer de bureau. Décidément cette pimbêche lui tapait trop sur le système... Elle s'apprêtait à se servir un petit pineau, pour fêter cela. Dans un glaçon, un petit mérou figé la scrutait sans ciller. Elle le fit rageusement disparaître dans l'évier, se servit un autre glaçon, mais son pineau ce soir-là eut un tenace goût de criée. Elle ne savait plus que croire le lendemain en allant travailler. Elle ignora Dominique toute la journée, se concentra sur ses dossiers en cours, en boucla plusieurs, et sa propre efficacité la calma, la rassura. Elle finit sa journée confiante, son bureau rangé, ragaillardie. Dominique s'engouffra dans l'ascenseur à ses côtés juste avant la fermeture des portes, et lui asséna un "bah dis donc, t'as mangé du lion, toi !! qu'est-ce que tu as abattu comme boulot !"... Ce soir-là, elle proposa à son mari et à son fils d'aller manger une pizza. Ils parurent étonnés mais ravis. A leur retour, elle se coucha un noeud au ventre. Sans trouver le sommeil. Elle finit par s'endormir au petit matin, entendit à peine le réveil et son mari se lever. Un rugissement la fit sursauter. Suivi d'un cri terrible. Vite avalé...