la môme poison

du passé simple au présent comme il vient, en France ou à Hong-Kong

03 mars 2009

La route de Pithiviers

Ces jours-ci j'ai repris la route de Pithiviers. Comme quand j'étais la Poison. Petite reine de la banquette arrière. Comme lorsqu'on mettait cap à l'Ouest. Comme lorsqu'ils m'emmenaient à la mer, en vacances avec eux.

En ce temps-là, la route n'était pas une ennemie qu'on matraque à grands coups de péage. La route, on la prenait par le bras, on écoutait ses conseils en tendant bien l'oreille. Faire un détour pour visiter ce moulin à vent, là-bas ? Ma foi, pourquoi pas ? Pique-niquer au pied de cette stèle commémorative ? Allons-y ! Il fallait bien la journée pour atteindre les embruns. On s'arrêtait pour se désaltérer d'un diabolo grenadine, vérifier que le coq-au-vin de la Malbroue était toujours savoureux, on passait la Loire à Saint-Georges, ou bien l'itinéraire passait plus au Sud, pour le plaisir de pouffer en traversant Chilleurs-aux-Bois. Il connaissait tous les restaurants du parcours, routiers ou étoilés, mais confrontait régulièrement leur réputation au verdict de ses papilles. Je ne m'ennuyais pas, malgré le sac à vomi qui me sommait de ne pas ouvrir les romans choisis avec gourmandise avant le départ. Tant de choses à voir à travers la vitre, tant de vérités à entendre de leurs bouches généreuses. Tant à apprendre. A intervalles réguliers, elle sortait de la boîte à gants une pastille Vichy, un berlingot acidulé, un bonbon à la violette ou un Lutti fondant. Et le carillon d'Europe1 rythmait nos aventures.

Ces jours-ci j'ai repris la route de Pithiviers. Et c'est moi qui les conduisais. Ils sont trop vieux à présent, et je connais bien la route. On a mis le cap à l'Ouest. Mais il a fallu qu'on s'arrête. Bien avant la mer. Elle nous prévenait depuis plusieurs kilomètres déjà. Un besoin impérieux. Peut-être qu'on a cherché un bosquet tranquille. Peut-être que la mousse a adouci ses pas. Trop tôt pour les violettes et le chant des oisillons. Elle a enjambé les billons, a disparu derrière les troncs. Elle ne reviendra pas. Je sais qu'il aimerait franchir à son tour le fossé, la rattraper, lui prendre la main. L'idée ne me plaît pas. Il fera comme il voudra. Je vais rouler jusqu'à la mer. Je ne dois pas avoir peur, je peux regarder dans le rétroviseur. Elle sera toujours là. Ils seront toujours là.

 

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30 avril 2008

Regrets

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C'est vrai, j'ai travaillé là... Dans ces pierres-là, dans ce feutré-là, cette lumière-là, près de ce jardin-là, et ces poiriers-là, avec ces gens-là, cette "chef"-là, et ces collègues-là, tous ces-projets-là, ces rencontres-là, ces potins-là, ces échanges-là, parmi ces pages-là et ces rayonnages-là...

C'est bien vrai. Et j'en suis partie, oui, volontairement, de mon plein gré...

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07 mars 2008

A la carte

Alors qu'Adèle fait ses premiers pas, trois par ci et quatre par là, mon petit grand frère -17 ans de moins mais 10 cm de plus- parle de l'après-Bac... Il est question de prépas de vétérinaire, il est question de musicologie, il est question de Sorbonne. Et de l'imaginer à son tour sur les bancs de la vieille Dame, ça me fait tout drôle !

Je lui souhaite un aussi délicieux souvenir que le mien, notamment le premier !

Un amphi immense bien sûr, pour accueillir tous les candidats à la Licence d'Histoire, mais finalement pas aussi gigantesque que les salles des concours de la Fonction Publique, ensuite... Une première réunion de septembre... Une liste des U.V.... Tout ce choix, toutes ces combinaisons, tous ces possibles, c'était soudain comme une gourmandise qu'on nous offrait. D'abord les numéros des U.V., et puis un intitulé un peu énigmatique et bien souvent alléchant, un bref descriptif, et la tranche horaire... Très peu de contraintes, juste l'obligation de choisir une U.V. de méthodologie, et une U.V. dans trois périodes différentes : Antiquité, Moyen-Age, Histoire moderne, ou encore contemporaine...Et le sentiment saugrenu d'être au restaurant chinois ! Dans la première colonne, c'est le code du plat pour le serveur -ou pour le gourmet si son accent est vraiment douteux- ensuite le nom du plat -qui chante, forcément- la liste sommaire des ingrédients -pour éviter les mauvaises surprises, ou les allergies- et le prix à payer !

Cette année-là, pas de doute, je me suis régalée...

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25 janvier 2008

L'aïeul #1

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Peut-être bien que c'est un peu étrange, de faire l'apologie du pâté Hénaff ?

Peut-être bien que ce pâté, vous lui trouverez un air d'artifice, un air de colorant ou de conservateur...

Peut-être bien... Mais moi, quand je décapsule cette petite boîte aux couleurs criardes, ce ne sont pas les couleurs que je vois, encore moins la vomitive "suggestion de présentation". Quand j'ouvre cette petite boîte, je fais le voyage du pays des souvenirs d'enfance. Un long voyage, parce qu'en fait de souvenirs, ce sont les tout premiers, du moins ceux qui sont conscients, ceux qui se forgent vers l'âge de 3 ans. Un flash, une vision, un instantané. Une cuisine claire, une table, une chaise devant la fenêtre, mon grand-père assis, la Gitane maïs bien entamée au coin des lèvres, les rides sur le front, profondes vallées, et sur la table, un pain croustillant, un couteau pointu-défendu, et la boîte. Je suis sur ses genoux, invitée à partager le pain, à partager ce pâté, ce concentré de terre bretonne qu'il a quitté 20 ans plus tôt. Argoat-Montparnasse-Joinville. Il n'y a pas de petit exil.

Peut-être bien que ce souvenir-là aussi a des airs d'artifice, coloré à l'hagiographie familiale, conservé dans les récits de ceux qui restent, après la petite route de campagne, après le coeur qui flanche, après la chaise vide dans la cuisine claire.

Peut-être bien que pour du pur-porc, c'est un peu maigre comme souvenir. Mais comme il n'y en a pas d'autre, alors on fait avec, avec trois boîtes de pâté Hénaff, en permanence, dans le garde-manger...

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24 janvier 2008

Seventies !

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Une des mes poupées, parce que petite j'étais pourrie-gâtée...

Une de mes poupées, parce que je l'ai promis à Noémie !

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10 janvier 2008

Les bonnes manières #3

"Cartes du nouvel an.

Tous les ans, les journaux publient, aux approches du 1er janvier, un article sur l'usage des cartes de visite. Tous les ans, les journaux déclarent qu'on se désaccoutume de cet envoi. [...] Pourtant cette habitude a bien de la peine à mourir. [...] En principe, l'usage mondain de ces cartes-là est absurde. Exprimer des voeux ? Ah ! s'ils étaient sincères- ou efficaces... Par malheur, des cartes, on en reçoit. Il faut y répondre. Le plus fâcheux, c'est que ces cartes-là ont été envoyées par d'anciens employés, des fonctionnaires modestes. L'encre est grisâtre. Cela sent le petit budget, mais aussi la bonne volonté touchante, l'hommage d'un coeur simple et sensible. Ne pas répondre à ces braves gens, c'est les incliner à se considérer comme négligés. C'est les humilier. C'est leur causer peut-être du chagrin. Et voilà comment les personnes de bon sens, qui ont renoncé à cette habitude d'autrefois, envoient, elles aussi, des cartes, des cartes... Mais elles n'attaquent plus, c'est un commencement..."

Paul Reboux, Le nouveau savoir-vivre, Flammarion, 1931

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08 janvier 2008

Les bonnes manières #2

"Bijoux. Ne portez jamais de diamants avant midi, Mesdames, même si vous ne devez pas rentrer chez vous pour changer de toilette. Mieux vaut manquer de parure dans la journée que d'en exhiber une qui soit excessive à l'heure où les gens de bon ton n'ont que des joyaux de métal."

Le nouveau savoir-vivre, Paul REBOUX, Flammarion 1931

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07 janvier 2008

Les bonnes manières #1

J'ai toujours eu un faible pour les manuels de savoir-vivre... Souvenir d'un exemplaire aux illustrations rondes qui traînait à la maison, petite, que j'ai beaucoup contemplé. J'aime ces codes, ces bienséances affichées, fais-pas-ci, fais-pas-çà, et tout ce qu'on imagine de vieilles rombières, de bourgeois offensés, de coups d'oeil désapprobateurs, de petits scandales éphémères. J'aime par dessus tout les manuels anciens, leur charme suranné et leur absence d'actualité. J'aime que ces usages soient périmés, comme si on était un peu plus léger, plus libre de ces entraves oubliées. Juste un peu...

J'en ai un qui date de 1931, tellement jaune et décati que toute photo serait une offense. il s'intitule Le nouveau savoir-vivre : pour balayer les vieux usages. Je ne résiste pas au plaisir de vous transcrire le chapitre "A cheval"...  parmi une longue liste : cartes de voeux, téléphone, TSF, bijoux, fiançailles, étrennes... tous aussi gratinés les uns que les autres !

A cheval. Pour monter à cheval, évitez une mise trop solennelle, telle que des bottes vernies, un chapeau haut de forme, des gants blancs. Habillez-vous en costume du matin, fait d'une étoffe rayée ou quadrillée. Mais ne manquez pas d'avoir des bottes jaunes, lesquelles amincissent la jambe. Vous connaissez le mot si juste de Marcel Boulanger : "On ne met point des bottes pour monter à cheval, mais au contraire on monte à cheval afin de mettre des bottes !"

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16 décembre 2007

Dans mon armoire d'enfance...

Une envie de billet en forme d'énumération me titille aujourd'hui, un billet en forme d'emprunt au poète Paul Eluard, mais de ces poètes poët ! poët ! qui redonnent confiance dans chacune de nos plumes. Pour l'original, le plus beau des chemins est sûrement celui que propose l'illustrateur Pierre Mornet dans le recueil Enfances aux éditions Gautier-Languereau...

Dans mon armoire d'enfance il y a... un sorbier des oiseaux, deux maisons et trois gouttes de café dans le lait sucré, 10 francs de bonbons le samedi matin, les corn-flakes du dimanche soir, un camping-car, deux nounous et trois brigands, les Bounty mangés en cachette, Sabine, Coq' et Joujou, la cervelle d'agneau pouahhh!, les vacances à Tharon, les cabanes dans les tas de cageots, un mange-disque orange, des Barbie en veux-tu-en-voilà et des Lego encore plus que ça, l'éplucheuse à patates mécanique, les randonnées avec Anne, et inévitablement les chansons de Brassens quand on se perd en randonnée avec Anne, une tortue dans la serre et un premier petit frère, les myrtilles cueillies dans les sous-bois, les petits matins à Rungis, la houppe de Riquet et le haricot de Jack sans oublier le petit pois de la Princesse, un Rummicks-cub et des Castor Poche, des bonnets qui grattent, Chapi Chapo et Thalassa, les mauvaises blagues d'Astrapi, les airs d'opéra du père de Gaëlle, un seul flocon et cinq mois de plâtre, et les dessins sans fin du carrelage et des cris et des larmes... mais du doux aussi...

Et dans votre armoire à vous ?

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11 décembre 2007

Que je vous explique...

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En compagnie des grands, ça ne semblait pas si compliqué... mais quand maman me regardait disparaître seule tout là-bas au bout des champs de légumes, il fallait bien montrer qu'on était plus un bébé. Alors j'y allais courageusement, et puis plus les champignonnières approchaient, plus le courage mollissait. Deux trous béants, des marches vers l'obscurité, l'humidité, et puis tapies, là, oui c'est sûr, des créatures abominables... pas moyen de fermer les yeux, pas question de trébucher maintenant, de retarder la fuite... faire abstraction, se concentrer sur la prochaine étape : le petit chemin en forme de rigole coincé entre deux hauts murs gris, si hauts pour mes 4 ans. pas d'échappatoire, courir, souffler fort pour couvrir le bruit des souliers contre les cailloux, pour impressionner les poursuivants, pour faire taire la peur. Déboucher enfin sous les marronniers, apprécier leur ombre ambigüe, encore sombre mais déjà le soulagement des couleurs, et l'espoir de la maison... Entrer, courir dans les bras de mamie, frotter mes joues rougies contre son tablier, en goûter l'odeur, celle qui survit à tous les méchants et entendre la voix faussement râleuse de papi : "tiens, v'là la poison !"

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